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Le trac : une énergie à accueillir et à canaliser

Le trac : une énergie à accueillir et à canaliser

Mercredi, Février 12, 2025

La peur de la scène : une construction culturelle.

Dans notre culture, la scène est un espace sacralisé. Monter sur scène n’est pas anodin : c’est un acte exposé, jugé, scruté. Un comédien qui y prend place ressent une peur immense, un trac parfois paralysant.

Un tout petit enfant, en revanche, n’aura pas peur. Il ne possède pas encore cette culture du jugement et de la performance. Pour lui, jouer est un acte naturel, sans enjeu particulier.

Mais pour un comédien, monter sur scène est un engagement total, une mise à nu où il doit incarner son personnage avec une intensité absolue. Ce n’est pas qu’un rôle à jouer, c’est " à la vie ou à de mort".

Le trac : un signal précieux.

Le trac est souvent perçu comme un obstacle, alors qu’il est en réalité un signal précieux. S’il n’y a pas de trac, c’est que l’enjeu est faible. Or, sans enjeu, il n’y a pas de tension à transformer en attention.

Les comédiens apprennent, avec l’expérience, à maîtriser cette peur. Ils connaissent le contexte, savent que l’imprévu est inévitable – car le théâtre est un art vivant. Cette maîtrise ne vient pas d’un rejet du trac, mais de son écoute et de son apprivoisement.

Le premier pas pour y parvenir est simple, mais fondamental : accueillir la peur au lieu de la combattre.

Transformer la peur en puissance.

La peur, loin d’être un ennemi, est une force brute. Elle est à l’image de l’eau : incontrôlée, elle peut tout ravager. Canaliser cette énergie, c’est apprendre à en faire une source de puissance.

Imaginez un incendie soudain. À cet instant précis, plus rien d’autre ne compte que l’urgence d’agir. L’esprit se vide, l’attention devient absolue.

C’est exactement ce que produit le trac : il plonge le comédien dans l’instant présent. Ses sens s’aiguisent, sa concentration s’intensifie. Plus la peur est forte, plus elle témoigne de l’importance de l’événement pour nous.

Face à cette peur, deux réactions sont possibles :

  1. La subir : elle prend le dessus, paralyse, fait perdre ses moyens.
  2. L’habiter : elle devient un moteur, un amplificateur de présence.

Le comédien qui accepte sa peur la transforme en une énergie magnétique qui captive son public. Ce n’est pas de la magie, mais un art : celui de ne pas fuir l’émotion, mais de l’accueillir et de la transmuter.

La clé : l’écoute et la reconnaissance.

Trop souvent, nous tentons d’éteindre la peur comme on étoufferait un feu naissant. Mais en refusant de la voir, nous perdons son message et sa force.

Reconnaître la peur, c’est lui donner une place. C’est en la nommant, en la verbalisant, que nous commençons à l’apprivoiser.

Nos peurs sont des guides. Elles révèlent nos enjeux profonds, nos désirs véritables. Comme l’ombre n’existe que grâce à la lumière, la peur nous éclaire sur ce qui compte vraiment pour nous.

Plutôt que de chercher à l’éliminer, osons l’écouter. C’est là que réside la véritable maîtrise.

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